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Le body positive est-il fragilisé par l’essor de l’Ozempic ?

L’arrivée des traitements coupe-faim relance le débat entre acceptation corporelle, perte de poids et rapport à l’alimentation.

Le débat sur le body positive a profondément changé de ton. Longtemps centré sur la lutte contre la stigmatisation des personnes grosses et sur la nécessité de représenter davantage de corps différents, il est désormais traversé par l’essor de traitements associés à la perte de poids, dont l’Ozempic. Cette évolution interroge autant les discours publics que le rapport intime à l’alimentation, à la santé et à l’apparence.

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Le sujet ne se résume pourtant ni à l’opposition entre « s’accepter » et « vouloir maigrir », ni à une question de volonté individuelle. Il met en jeu des trajectoires personnelles, des attentes sociales très fortes et l’apparition de médicaments dont l’effet coupe-faim a bouleversé la manière dont la perte de poids est discutée sur les réseaux sociaux comme dans la culture populaire.

Le body positive, d’abord un mouvement contre la stigmatisation

Les origines du mouvement d’acceptation des personnes grosses remontent notamment à 1969, avec la création aux États-Unis de la National Association to Advance Fat Acceptance, souvent désignée par l’acronyme NAAFA. Cette association entendait répondre aux discriminations vécues par les personnes concernées par le poids.

Avec Internet, puis les forums, les blogs et les réseaux sociaux, ces idées ont gagné en visibilité. À partir des années 2010, le body positive s’est installé dans les médias, la mode et le divertissement. Des personnalités et des mannequins aux silhouettes auparavant peu montrées ont occupé une place plus importante dans l’espace public.

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Cette évolution a accompagné une prise de conscience : réduire l’obésité à un manque d’effort ou à une simple injonction à « manger moins » revient à ignorer la dimension psychologique du rapport à la nourriture ainsi que la violence de la stigmatisation. Le message initial reposait largement sur l’acceptation de soi, le refus de la comparaison permanente et la fin des moqueries envers les corps non conformes aux normes dominantes.

Quand l’acceptation corporelle devient un débat polarisé

Au fil du temps, certains discours associés au body positive ont été perçus comme plus radicaux. Des prises de parole ont pu laisser entendre que le poids n’aurait aucun lien avec la santé, que vouloir perdre du poids traduirait nécessairement un rejet de soi, ou encore que la consommation alimentaire ne jouerait pas de rôle dans l’évolution du poids.

Ces positions ont suscité de vives critiques. Elles ont aussi créé une confusion entre deux idées pourtant distinctes : refuser d’humilier ou de discriminer une personne en raison de son corps, et affirmer que toutes les questions liées au poids devraient être écartées de la discussion.

Les réseaux sociaux ont amplifié cette polarisation. Sur des plateformes comme TikTok ou Instagram, des messages courts et très affirmatifs peuvent circuler rapidement, sans toujours laisser de place aux nuances. Le hashtag body positive a ainsi été utilisé dans plusieurs millions de publications sur Instagram, signe de l’ampleur prise par le mouvement dans l’espace numérique.

Ozempic : d’un traitement du diabète à un phénomène culturel

L’Ozempic a été développé par le laboratoire danois Novo Nordisk pour aider des personnes diabétiques à réguler leur glycémie. Son mécanisme présenté consiste à imiter une hormone appelée GLP-1, impliquée dans la sensation de satiété. Parmi les effets observés figure une baisse de l’appétit, pouvant conduire certaines personnes à manger moins et à perdre du poids.

Cette propriété a rapidement suscité l’intérêt au-delà du diabète. À partir de 2021, l’utilisation de ce type de traitement dans le cadre de la lutte contre l’obésité a pris une place croissante dans les discussions publiques. Des pertes de poids rapides observées chez des célébrités ont nourri les spéculations, avant que certaines personnalités ne déclarent avoir eu recours à ces produits ou à des traitements comparables.

La popularité du médicament a contribué à faire de son nom un raccourci culturel : il est devenu courant d’attribuer une perte de poids spectaculaire à l’Ozempic, parfois sans confirmation de la personne concernée. Cette tendance appelle à la prudence : une transformation physique visible ne permet pas, à elle seule, de connaître le parcours médical, alimentaire ou sportif d’un individu.

Pourquoi la question a ébranlé certains discours body positive

La controverse s’est intensifiée lorsque des figures connues pour des messages d’acceptation corporelle ont elles aussi perdu beaucoup de poids. Certaines ont expliqué leur évolution par une alimentation différente, une activité physique accrue, une intervention ou un traitement. D’autres ont d’abord refusé de commenter, ce qui a alimenté les interrogations de leur communauté.

Pour une partie de leur public, ces changements ont été vécus comme une contradiction. Des abonnés suivaient ces créateurs parce qu’ils trouvaient dans leurs contenus un espace de réconfort, loin des injonctions à la minceur. Voir ces mêmes personnes s’engager dans une perte de poids pouvait alors être interprété comme le signe que l’acceptation du corps ne suffisait pas face à la possibilité d’une solution médicamenteuse.

Cette lecture reste cependant réductrice. Une personne peut défendre le respect de tous les corps tout en souhaitant modifier le sien. Elle peut également être confrontée à des difficultés avec la faim, à un mal-être ou à des objectifs qui ne se résument pas au regard extérieur. Le body positive n’implique pas nécessairement l’interdiction de toute démarche de perte de poids ; le point de tension apparaît lorsque des messages publics très catégoriques sont ensuite contredits par des choix personnels présentés autrement.

La faim et le rapport à la nourriture au cœur du sujet

L’essor de l’Ozempic a remis une question essentielle au centre du débat : si certaines personnes souhaitent perdre du poids, qu’est-ce qui rend cette démarche difficile sans aide médicale ? La réponse ne peut pas être limitée à la paresse ou au manque de discipline.

Le rapport à l’alimentation ne se vit pas de la même manière pour tout le monde. Manger moins peut sembler simple dans une formulation abstraite, mais la faim, les habitudes, les émotions et la capacité à se contrôler face à la nourriture ne sont pas identiques d’une personne à l’autre. C’est précisément là que l’effet coupe-faim de ces traitements a modifié la conversation : il a rendu plus visible le rôle de l’appétit dans les difficultés rencontrées par certaines personnes.

Dans cette perspective, opposer brutalement les personnes qui perdent du poids « naturellement » à celles qui utilisent un médicament ne permet pas de comprendre la diversité des situations. Un traitement peut être perçu comme une aide par certaines personnes, sans que cela efface les enjeux liés à l’alimentation, à l’activité physique ou au vécu psychologique.

Les réserves autour des traitements de perte de poids

La popularité de l’Ozempic ne signifie pas qu’il s’agit d’une réponse anodine ou universelle. Les critiques évoquent notamment des effets secondaires, une perte musculaire importante et la possibilité d’une reprise de poids à l’arrêt du traitement. L’expression « Ozempic face » est également employée pour décrire un visage qui paraît plus creux après une perte de poids rapide.

Les données à moyen et long terme restent au centre des interrogations, tandis que de nouveaux produits sont en développement, y compris des versions orales. Des traitements sont parfois présentés comme prometteurs ou potentiellement mieux tolérés, mais les recherches sont encore en cours pour certains d’entre eux.

La forte demande a aussi eu des conséquences concrètes. En 2023, des pénuries ont été évoquées, compliquant l’accès au médicament pour des personnes diabétiques qui en avaient besoin. Le coût élevé du traitement a par ailleurs favorisé l’apparition de produits concurrents, mais aussi de circuits informels et de contrefaçons présentées comme accessibles sur les réseaux sociaux.

Vers un débat moins binaire sur le poids

L’émergence de ces médicaments ne met pas fin au besoin de lutter contre la grossophobie. Une perte de poids ne devrait pas devenir la condition pour être respecté, représenté ou considéré comme légitime dans l’espace public. De la même façon, le désir de perdre du poids ne permet pas de juger la valeur d’une personne ni de résumer son rapport à elle-même.

Le principal apport de ce débat est peut-être de rappeler que le poids ne se réduit pas à un slogan. Entre la stigmatisation, les discours d’acceptation, les impératifs de santé, les difficultés liées à l’appétit et les promesses de solutions médicales, les réalités sont multiples. Une approche plus utile consiste à reconnaître cette complexité, sans humilier les personnes grosses et sans présenter chaque perte de poids comme une victoire obligatoire.

FAQ

Pourquoi l’Ozempic est-il associé à la perte de poids ?

L’Ozempic a été conçu pour aider des personnes diabétiques à réguler leur glycémie. Son action sur la satiété peut réduire l’appétit, ce qui peut amener certaines personnes à manger moins et donc à perdre du poids.

Le body positive interdit-il de vouloir perdre du poids ?

Le message initial du body positive porte surtout sur l’acceptation corporelle et le refus de la stigmatisation. Le débat naît lorsque l’acceptation de soi est présentée comme incompatible, de façon absolue, avec tout désir de changement physique.

Quels sont les risques évoqués autour de l’Ozempic ?

Parmi les réserves exprimées figurent des effets secondaires, une perte musculaire, un visage pouvant paraître plus creux après une perte rapide et un risque de reprise de poids à l’arrêt. Les effets à moyen et long terme de certains traitements comparables font encore l’objet de recherches.

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